Micro-entreprise : la confidentialité des comptes dépend de 2 seuils respectés sur 3
Une micro-entreprise peut demander la confidentialité de l’ensemble de ses comptes annuels si elle ne dépasse pas les seuils fixés pour au moins deux des trois critères suivants : 450 000 € de total de bilan, 900 000 € de chiffre d’affaires net et 10 salariés. Cette option protège le bilan, le compte de résultat et l’annexe contre la consultation des tiers, sans supprimer l’obligation de déposer les comptes.
Vérifier les seuils de confidentialité d’une micro-entreprise
La notion de micro-entreprise utilisée pour la confidentialité des comptes relève d’une définition comptable et juridique prévue par l’article L123-16-1 du Code de commerce. Elle ne doit pas être confondue avec le régime fiscal et social de la micro-entreprise, souvent associé au statut de micro-entrepreneur. Une société commerciale peut donc appartenir à la catégorie des micro-entreprises au sens comptable, même si elle n’est pas placée sous le régime fiscal de la micro-entreprise.
| Critère examiné | Seuil à ne pas dépasser | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|
| Total de bilan | 450 000 € | Le total des actifs figurant au bilan à la clôture de l’exercice |
| Chiffre d’affaires net | 900 000 € | Les ventes et prestations de l’exercice, après déduction des réductions commerciales |
| Effectif | 10 salariés | L’effectif moyen salarié au cours de l’exercice |
La règle décisive : deux critères sur trois
Il n’est pas nécessaire de respecter les trois plafonds. Pour bénéficier de la confidentialité, l’entreprise doit rester sous les seuils pour au moins deux critères sur trois. Ces critères sont appréciés au titre du dernier exercice comptable clos et sur une base annuelle. Un seul dépassement ne suffit donc pas à écarter automatiquement la demande.
Exemple : une société affiche 980 000 € de chiffre d’affaires, un total de bilan de 380 000 € et un effectif moyen de 7 salariés. Le seuil de chiffre d’affaires est dépassé, mais les seuils de bilan et d’effectif sont respectés. Elle satisfait donc, en principe, au test des deux critères sur trois. À l’inverse, avec 1 050 000 € de chiffre d’affaires, 520 000 € de bilan et 6 salariés, elle dépasse deux seuils. La confidentialité totale réservée aux micro-entreprises n’est alors pas ouverte.
Pour éviter une lecture trompeuse, il faut examiner les trois chiffres et non le seul chiffre d’affaires. Une activité de conseil peut franchir rapidement le plafond de ventes avec peu d’actifs. Un commerce peut, à l’inverse, conserver un chiffre d’affaires modéré tout en présentant un bilan élevé en raison des stocks, des créances clients ou des immobilisations. Le contrôle doit partir de la liasse de clôture : le total de bilan, le chiffre d’affaires net et l’effectif moyen doivent être relevés pour le même exercice.
Ce que la confidentialité protège réellement
La confidentialité ne signifie ni l’absence de comptabilité ni l’absence de dépôt. Les comptes annuels doivent toujours être transmis au greffe du tribunal de commerce, selon les règles applicables à la société. La différence concerne leur communicabilité : les tiers ne peuvent pas accéder aux documents couverts par la déclaration de confidentialité.
Bilan, compte de résultat et annexe : une protection complète
Pour une micro-entreprise éligible, la demande peut porter sur l’ensemble des comptes annuels : le bilan, le compte de résultat et l’annexe. Cette protection limite l’accès public à des informations telles que le niveau de marge, la trésorerie, l’endettement, les stocks ou certains éléments de la stratégie financière.
La confidentialité ne supprime toutefois pas toute visibilité institutionnelle. Les administrations, les autorités judiciaires et la Banque de France peuvent conserver un accès aux informations dans le cadre de leurs attributions. Le dépôt légal reste également identifiable. La protection porte sur la communication des comptes, et non sur la disparition de l’obligation de dépôt ou de la publicité légale associée.
Identifier les exclusions avant de signer la déclaration
Le respect des seuils ne suffit pas toujours. L’article L123-16-2 du Code de commerce écarte certaines entreprises du dispositif en raison de leur activité ou de leur statut. La déclaration engage le représentant légal. Elle doit donc être vérifiée avant sa signature, et non traitée comme une simple formalité administrative.
Groupes et secteurs réglementés
Les sociétés appartenant à un groupe ne peuvent pas bénéficier de cette confidentialité dans les conditions prévues pour les micro-entreprises. L’appartenance à un groupe s’apprécie notamment au regard des liens de contrôle entre société mère et filiale. Une petite filiale ne doit donc pas conclure à son éligibilité en examinant uniquement ses comptes individuels.
Sont également exclues, notamment, les entités qui exercent certaines activités financières ou d’assurance ainsi que les entreprises dont les titres sont admis aux négociations sur un marché réglementé. Les établissements de crédit, les entreprises d’assurance et de réassurance font partie des catégories qui appellent une vigilance particulière. Une activité de gestion de titres de participations peut aussi faire obstacle au dispositif.
Ne pas confondre confidentialité et présentation simplifiée
Une entreprise qui ne peut pas être qualifiée de micro-entreprise n’est pas nécessairement privée de toute option. Le régime applicable change toutefois. Il faut distinguer la confidentialité intégrale, la confidentialité limitée au compte de résultat et la publication simplifiée. Déposer une déclaration réservée aux micro-entreprises alors que l’entreprise relève d’une autre catégorie constitue une erreur. Une déclaration inexacte peut exposer son signataire à des conséquences juridiques, y compris au titre du faux et usage de faux.
Déposer la déclaration avec les comptes annuels
La déclaration de confidentialité doit être déposée en même temps que les comptes annuels. Elle ne constitue pas une demande à formuler après le dépôt. Attendre la publication ou la transmission des comptes pour demander leur retrait de la consultation publique n’est donc pas la bonne procédure.
- Contrôlez votre catégorie : vérifiez les trois seuils, la règle des deux critères sur trois, l’absence d’appartenance à un groupe et l’absence d’activité exclue.
- Préparez les comptes annuels : rassemblez le bilan, le compte de résultat et l’annexe lorsque celle-ci est requise.
- Utilisez la déclaration adaptée : le document destiné aux micro-entreprises doit identifier la société et attester qu’elle remplit les conditions légales.
- Faites signer le représentant légal : la signature doit être apposée par la personne habilitée et engage la responsabilité du déclarant.
- Déposez l’ensemble : le dépôt peut être effectué auprès du greffe du tribunal de commerce compétent ou en ligne via le Guichet Unique, selon la modalité retenue.
Conservez une copie des comptes, de la déclaration signée et de l’accusé de dépôt. Cette traçabilité permet de justifier la démarche si une banque, un associé ou un partenaire demande pourquoi les comptes ne sont pas accessibles. Le greffier peut délivrer un certificat attestant le dépôt des comptes et leur caractère non communicable.
Micro, petite ou moyenne entreprise : quel niveau de discrétion ?
Le niveau de protection dépend de la catégorie comptable de l’entreprise. Les seuils et les effets juridiques ne sont pas interchangeables. Une petite entreprise n’obtient donc pas automatiquement la confidentialité de son bilan et de son annexe.
| Catégorie | Seuils de référence | Régime possible |
|---|---|---|
| Micro-entreprise | 450 000 € de bilan, 900 000 € de chiffre d’affaires, 10 salariés | Confidentialité du bilan, du compte de résultat et de l’annexe |
| Petite entreprise | 7,5 M€ de bilan, 15 M€ de chiffre d’affaires, 50 salariés | Confidentialité limitée au compte de résultat, sous conditions |
| Moyenne entreprise | 25 M€ de bilan, 50 M€ de chiffre d’affaires, 250 salariés | Publication simplifiée du bilan et de l’annexe, et non confidentialité complète |
Dans chaque catégorie, les critères doivent être vérifiés avec rigueur. Avant le dépôt annuel, relisez les comptes finalisés et la déclaration ligne par ligne. La confidentialité est un droit encadré, renouvelé par une déclaration jointe à chaque nouveau dépôt de comptes annuels.



